Art Bubbles

Anish Kapoor aurait donc réussi un joli coup et les organisateurs de MONUMENTA également. Affluence record pour visiter cette exposition événement et deuxième post sur ce blog !

L’immense « Leviathan » de l’artiste britannique nous ouvre généreusement et immédiatement ses entrailles roses, le choc est réel mais l’insertion de ce monstre bubble gum sous la nef majestueuse du Grand Palais nous laisse une impression étrange. La structure gonflable, sombre et mate, qui semble encore en expansion, contraste curieusement avec l’esprit cristallin Art Nouveau du Grand Palais.

Cette invasion de l’espace nous laisse un petit goût amer : on croyait le Grand Palais majestueux, monumental, cette inquiétante bulle éphémère qu’est le « Leviathan » d’Anish Kapoor le remet en question ; le virus a infecté la structure qui le protège. L’Art Nouveau résistera-t-il à cette invasion du contemporain ? Le Grand Palais réduit à l’état de coque tandis que bat le coeur rose de la destabilisante matrice des origines… pas sûr d’aimer l’idée. Le « Leviathan » d’Anish Kapoor fait sans nul doute son effet. Elle aura dans quelques semaines disparues. Pas le Grand Palais. Ouf ! J’aimerais être présent le jour du grand dégonflage. Le « Léviathan » façon baudruche, ça devrait valoir le coup d’oeil !

A quelques pas de là, de l’autre côté des Champs Elysées, se tient aussi une bien étrange exposition. S’il est une figure emblématique de l’art business, c’est bien Larry Gagossian dont on sait suffisamment qu’il a ouvert il y a quelques mois son antenne parisienne à deux pas de chez Christie’s. Dans sa project room, le galeriste superstar juxtapose l’armoire à diamants de Damien Hirst et les « Marilyn » d’Andy Warhol carbonisées par Douglas Gordon. Contrairement à ce dont on nous rebat les oreilles depuis quelques temps, le bling bling n’est donc pas mort ! Il s’expose même en étage grâce à notre nouveau Parisien d’adoption. On se demande donc bien pourquoi depuis quelques jours, King Larry a décidé d’exposer en rez-de-chaussée cette fois, dans son vaste show-room immaculé et ultra climatisé, la plus intimiste des artistes américaines : Elizabeth Peyton.

Curieux mélange en effet. On adore Elizabeth Peyton pour sa jolie sensibilité à peindre ses amis parmi lesquels, certes, bon nombre de célébrités… L’artiste vit au cœur du New York « arty », son œuvre se fait très rare à Paris. Cette exposition est donc un événement que nous n’aurions pas pu manquer. Comme souvent, presque uniquement de très petits formats. La gamme est sombre, les bruns répondent aux gris, la tranche des feuilles des dessins est soulignée d’un trait noir quand le papier lui-même n’est pas ardoise. On y découvre des portraits, des intérieurs, des fleurs, et puis aussi quelques paysages de Paris comme on n’en peint plus depuis des décennies – ou plutôt, comme on en peignait il y a quelques décennies… La fraîcheur d’Elizabeth a parfois disparu mais pas la beauté de ses toiles et dessins. On se dit que ce n’est définitivement pas le lieu pour exposer son travail et qu’il s’est passé un truc bizarre dans la vie d’Elizabeth. Et puis on demande un prix : celui du dessin sur fond noir qui ne vous avait pas vraiment plu ? 60.000 US$. Celui de cette micro toile, pas la plus belle : 350.000 US$…

La bulle d’Anish Kapoor est en résine, celle d’Elizabeth Peyton se compte en dollars.

Qui osera donc les percer ?

Monumenta : Leviathan
Jusqu’au 23 Juin

Nef du Grand Palais – Porte principale
Avenue Winston Churchill – 75008 Paris

Elizabeth Peyton
Jusqu’au 28 Juillet

Gagosian Gallery
4 rue de Ponthieu - 75008 Paris